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 Le Spleen de Paris

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trismegistus
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MessaggioTitolo: Re: Le Spleen de Paris   Mar Set 04, 2007 12:46 pm

N'importe où hors du monde

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre.
Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.
"Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d'habiter Lisbonne? Il doit y faire chaud, et tu t'y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l'eau; on dit qu'elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu'il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir!"
Mon âme ne répond pas.
"Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l'image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons?"
Mon âme reste muette.
"Batavia te sourirait peut-être davantage? Nous y trouverions d'ailleurs l'esprit de l'Europe marié à la beauté tropicale."
Pas un mot. - Mon âme serait-elle morte?
"En es-tu donc venue à ce point d'engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal? S'il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort.
- Je tiens notre affaire, pauvre âme! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l'extrême bout de la Baltique; encore plus loin de la vie, si c'est possible; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu'obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d'un feu d'artifice de l'Enfer!"
Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie: "N'importe où! n'importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde!"


Anywhere out of the world. Dove che sia fuori del mondo

La vita è un ospedale dove ogni malato è in preda al desiderio di cambiare letto. Questo qui vorrebbe soffrire davanti alla stufa, e quello là crede che guarirebbe accanto alla finestra.
A me sembra sempre che starei bene là dove non sono, e questa questione del traslocare è una di quelle che sto continuamente a dibattere con la mia anima.
«Dimmi, anima mia, povera anima infreddolita, che ne diresti di abitare a Lisbona? Lì deve fare caldo, e così potresti riprendere forza come una lucertola al sole. È una città in riva al mare; dicono che è tutta fatta di marmo, e chela gente ha un tale odio per la vegetazione che strappa via tutti gli alberi. È un paesaggio di tuo gusto; un paesaggio fatto di luce e di minerale, e dell'elemento liquido che li riflette!».
La mia anima non risponde.
«Se è vero che ami tanto il riposo unito allo spettacolo del movimento, perché non andare ad abitare in Olanda, in quella terra beatificante? È probabile che ti divertiresti in quella contrada di cui spesso hai ammirato l'immagine nei musei. Che ne diresti di Rotterdam, tu che ami le foreste di alberature, e le navi ormeggiate ai piedi delle case?».
La mia anima resta muta.
«Batavia forse ti sorriderebbe di più? È lì che troveremmo lo spirito dell'Europa sposato alla bellezza tropicale».
Non una parola. - Che sia morta, la mia anima?
«Sei dunque arrivata a un tale punto di torpore che ti compiaci solo del tuo male? Se è così, fuggiamo verso quei paesi che sono analogie della morte. - Ho capito quello che ci vuole, povera anima! Faremo i bagagli per Torneo.
Andiamo ancora più lontano, all'estremo limite del Baltico; ancora più lontano dalla vita, se possibile; stabiliamoci al polo. Là il sole sfiora la terra solo obliquamente, e il lento alternarsi della luce e della notte sopprime la varietà e aumenta la monotonia, questa metà del nulla. Là potremo prendere dei lunghi bagni di tenebre, mentre, per divertirci, le aurore boreali ci manderanno di tanto in tanto i loro cesti di rose, come riflessi di un fuoco d'artificio dell'Inferno!».
Finalmente la mia anima esplode, e saggiamente mi grida: «Non importa dove! Non importa dove! Purché sia fuori di questo mondo!».

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MessaggioTitolo: Re: Le Spleen de Paris   Mar Set 04, 2007 12:50 pm

Assommons les Pauvres !

Pendant quinze jours je m'étais confiné dans ma chambre, et je m'étais entouré des livres à la mode dans ce temps-là (il y a seize ou dix-sept ans); je veux parler des livres où il est traité de l'art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-quatre heures. J'avais donc digéré, - avalé, veux-je dire, toutes les élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, - de ceux qui conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu'ils sont tous des rois détrônés. - On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un état d'esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.
Il m'avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d'une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont j'avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n'était que l'idée d'une idée, quelque chose d'infiniment vague.
Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.
Comme j'allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l'esprit remuait la matière, et si l'oeil d'un magnétiseur faisait mûrir les raisins.
En même temps, j'entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je reconnus bien; c'était celle d'un bon Ange, ou d'un bon Démon, qui m'accompagne partout. Puisque Socrate avait son bon Démon, pourquoi n'aurais-je pas mon bon Ange, et pourquoi n'aurais-je pas l'honneur, comme Socrate, d'obtenir mon brevet de folie, signé du subtil Lélut et du bien avisé Baillarger?
Il existe cette différence entre le Démon de Socrate et le mien, que celui de Socrate ne se manifestait à lui que pour défendre, avertir, empêcher, et que le mien daigne conseiller, suggérer, persuader. Ce pauvre Socrate n'avait qu'un Démon prohibiteur; le mien est un grand affirmateur, le mien est un Démon d'action, un Démon de combat.
Or, sa voix me chuchotait ceci: "Celui-là seul est l'égal d'un autre, qui le prouve, et celui-là seul est digne de la liberté, qui sait la conquérir."
Immédiatement, je sautai sur mon mendiant. D'un seul coup de poing, je lui bouchai un oeil, qui devint, en une seconde, gros comme une balle. Je cassai un de mes ongles à lui briser deux dents, et comme je ne me sentais pas assez fort, étant né délicat et m'étant peu exercé à la boxe, pour assommer rapidement ce vieillard, je le saisis d'une main par le collet de son habit, de l'autre, je l'empoignai à la gorge, et je me mis à lui secouer vigoureusement la tête contre un mur. Je dois avouer que j'avais préalablement inspecté les environs d'un coup d'oeil, et que j'avais vérifié que dans cette banlieue déserte je me trouvais, pour un assez long temps, hors de la portée de tout agent de police.
Ayant ensuite, par un coup de pied lancé dans le dos, assez énergique pour briser les omoplates, terrassé ce sexagénaire affaibli, je me saisis d'une grosse branche d'arbre qui traînait à terre, et je le battis avec l'énergie obstinée des cuisiniers qui veulent attendrir un beefteack.
Tout à coup, - ô miracle! ô jouissance du philosophe qui vérifie l'excellence de sa théorie! - je vis cette antique carcasse se retourner, se redresser avec une énergie que je n'aurais jamais soupçonnée dans une machine si singulièrement détraquée, et, avec un regard de haine qui me parut de bon augure, le malandrin décrépit se jeta sur moi, me pocha les deux yeux, me cassa quatre dents, et avec la même branche d'arbre me battit dru comme plâtre. - Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l'orgueil et la vie.
Alors, je lui fis force signes pour lui faire comprendre que je considérais la discussion comme finie, et me relevant avec la satisfaction d'un sophiste du Portique, je lui dis: "Monsieur, vous êtes mon égal! veuillez me faire l'honneur de partager avec moi ma bourse; et souvenez-vous, si vous êtes réellement philanthrope, qu'il faut appliquer à tous vos confrères, quand ils vous demanderont l'aumône, la théorie que j'ai eu la douleur d'essayer sur votre dos."
Il m'a bien juré qu'il avait compris ma théorie, et qu'il obéirait à mes conseils.


Ammazziamo i poveri!

Per quindici giorni mi ero segregato nella mia camera, e mi ero circondato di libri di moda in quel periodo (sedici o diciassette anni fa); voglio dire libri che trattano l'arte di rendere felici, saggi e ricchi i popoli in ventiquattr'ore.
Avevo dunque digerito - ingoiato, voglio dire - tutte le elucubrazioni di tutti quegli impresari della felicità pubblica, di coloro che consigliano a tutti i poveri di farsi schiavi, e di coloro che li convincono di essere tutti dei re spodestati. Non sorprenderà il fatto che io mi trovassi allora in uno stato d'animo prossimo alla vertigine o alla stupidità.
Mi era soltanto sembrato di sentire, relegato nel fondo del mio intelletto, l'oscuro germe di un'idea superiore a tutte le formule da brava donna di cui avevo da poco sfogliato il repertorio. Ma non era che l'idea di un'idea, qualcosa di infinitamente vago.
Uscii con una gran sete. Appassionarsi troppo alle cattive letture fa nascere un bisogno altrettanto forte di aria aperta e di bevande fresche.
Stavo entrando in un locale, quando un mendicante mi tese il cappello con uno di quegli sguardi indimenticabili che farebbero cadere i re dai loro troni, se lo spirito potesse muovere la materia, e se l'occhio di un ipnotizzatore facesse maturare l'uva.
In quello stesso momento, sentii una voce che mi sussurrava all'orecchio, una voce che riconobbi immediatamente; era quella di un buon Angelo, o di un buon Demone, che mi accompagna dovunque. Se Socrate aveva il suo buon Demone, perché io non dovrei avere il mio buon Angelo? Perché non dovrei avere, come Socrate, l'onore di ottenere una patente di follia con la firma dell'acuto Lélut e dell'accorto Baillarger?
È questa la differenza fra il Demone di Socrate e il mio: che quello di Socrate gli si manifestava soltanto per proibire, avvertire, impedire; mentre il mio si degna di dare consigli, di suggerire e di persuadere. Il povero Socrate aveva solo un Demone proibitore; il mio è un grande affermatore, il mio è un Demone d'azione, o Demone di lotta.
Dunque la sua voce mi sussurrava questo: «È uguale a un altro soltanto colui che ne dà prova, ed è degno di libertà solo colui che sa conquistarla».
Immediatamente saltai addosso al mendicante. Con un solo pugno gli tappai un occhio, che in un momento gli diventò grosso come una palla. Mi spezzai un'unghia per rompergli due denti, e dato che non mi sentivo forte abbastanza, essendo nato delicato ed essendomi esercitato poco nella boxe, per accoppare rapidamente il vecchio lo agguantai con una mano per il bavero, e con l'altra lo afferrai alla gola e mi misi a sbattergli energicamente la testa contro un muro. Devo confessare che avevo preliminarmente ispezionato i dintorni dando un'occhiata, e mi ero accertato che in quella periferia deserta mi sarei trovato abbastanza a lungo fuori della portata dei poliziotti.
Avendo poi steso a terra l'infiacchito sessantenne con un calcio nella schiena tanto forte da rompergli le scapole, afferrai un grosso ramo che era lì per terra e lo picchiai con l'ostinata energia con cui i cuochi ammorbidiscono una bistecca.
Ad un tratto - ecco il miracolo! e la gioia del filosofo che verifica l'eccellenza della sua teoria! -, vidi quella vecchia carcassa girarsi, rialzarsi con un'energia che non avrei mai sospettato in una macchina così singolarmente sconquassata e, con uno sguardo di odio che mi parve di buon augurio, quel decrepito brigante si gettò su di me, mi pestò tutti e due gli occhi, mi ruppe quattro denti e, con lo stesso ramo, mi riempì di botte. - Con la mia energica cura gli avevo dunque restituito l'orgoglio e la vita.
Allora mi sforzai di fargli capire che consideravo chiusa la discussione, e rialzandomi con la soddisfazione di un sofista del Portico, gli dissi: «Signore, siete mio eguale! fatemi l'onore di dividere con me il mio portafoglio; e ricordatevi, se siete un vero filantropo, che bisogna applicare a tutti i vostri colleghi, quando vi chiederanno l'elemosina, la teoria che ho avuto il dolore di sperimentare sulle vostre spalle».
Mi ha giurato di aver capito molto bene la mia teoria, e che avrebbe messo in pratica i miei consigli.

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MessaggioTitolo: Re: Le Spleen de Paris   Mar Set 04, 2007 12:53 pm

Les bons chiens

A M. Joseph Stevens.

Je n'ai jamais rougi, même devant les jeunes écrivains de mon siècle, de mon admiration pour Buffon; mais aujourd'hui ce n'est pas l'âme de ce peintre de la nature pompeuse que j'appellerai à mon aide. Non.
Bien plus volontiers je m'adresserais à Sterne, et je lui dirais: "Descends du ciel, ou monte vers moi des champs Elyséens, pour m'inspirer en faveur des bons chiens, des pauvres chiens, un chant digne de toi, sentimental farceur, farceur incomparable! Reviens à califourchon sur ce fameux âne qui t'accompagne toujours dans la mémoire de la postérité; et surtout que cet âne n'oublie pas de porter, délicatement suspendu entre ses lèvres, son immortel macaron!"
Arrière la muse académique! Je n'ai que faire de cette vieille bégueule. J'invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu'elle m'aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d'un oeil fraternel.
Fi du chien bellâtre, de ce fat quadrupède, danois, king-charles, carlin ou gredin, si enchanté de lui-même qu'il s'élance indiscrètement dans les jambes ou sur les genoux du visiteur, comme s'il était sûr de plaire, turbulent comme un enfant, sot comme une lorette, quelquefois hargneux et insolent comme un domestique! Fi surtout de ces serpents à quatre pattes, frissonnants et désoeuvrés, qu'on nomme levrettes, et qui ne logent même pas dans leur museau pointu assez de flair pour suivre la piste d'un ami, ni dans leur tête aplatie assez d'intelligence pour jouer au domino!
A la niche, tous ces fatigants parasites!
Qu'ils retournent à leur niche soyeuse et capitonnée! Je chante le chien crotté, le chien pauvre, le chien sans domicile, le chien flâneur, le chien saltimbanque, le chien dont l'instinct, comme celui du pauvre, du bohémien et de l'histrion, est merveilleusement aiguillonné par la nécessité, cette si bonne mère, cette vraie patronne des intelligences!
Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent, solitaires, dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l'homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels "Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur!"
"Où vont les chiens?" disait autrefois Nestor Roqueplan dans un immortel feuilleton qu'il a sans doute oublié, et dont moi seul, et Sainte-Beuve peut-être, nous nous souvenons encore aujourd'hui.
Où vont les chiens, dites-vous, hommes peu attentifs? Ils vont à leurs affaires.
Rendez-vous d'affaires, rendez-vous d'amour. A travers la brume, à travers la neige, à travers la crotte, sous la canicule mordante, sous la pluie ruisselante, ils vont, ils viennent, ils trottent, ils passent sous les voitures, excités par les puces, la passion, le besoin ou le devoir. Comme nous, ils se sont levés de bon matin, et ils cherchent leur vie ou courent à leurs plaisirs.
Il y en a qui couchent dans une ruine de la banlieue et qui viennent, chaque jour, à heure fixe, réclamer la sportule à la porte d'une cuisine du Palais-Royal; d'autres qui accourent, par troupes, de plus de cinq lieues, pour partager le repas que leur a préparé la charité de certaines pucelles sexagénaires, dont le coeur inoccupé s'est donné aux bêtes, parce que les hommes imbéciles n'en veulent plus.
D'autres qui, comme des nègres marrons, affolés d'amour, quittent, à de certains jours, leur département pour venir à la ville, gambader pendant une heure autour d'une belle chienne, un peu négligée dans sa toilette, mais fière et reconnaissante.
Et ils sont tous très exacts, sans carnets, sans notes et sans portefeuilles.
Connaissez-vous la paresseuse Belgique, et avez-vous admiré comme moi tous ces chiens vigoureux attelés à la charrette du boucher, de la laitière ou du boulanger, et qui témoignent, par leurs aboiements triomphants, du plaisir orgueilleux qu'ils éprouvent à rivaliser avec les chevaux?
En voici deux qui appartiennent à un ordre encore plus civilisé! Permettez-moi de vous introduire dans la chambre du saltimbanque absent. Un lit, en bois peint, sans rideaux, des couvertures traînantes et souillées de punaises, deux chaises de paille, un poêle de fonte, un ou deux instruments de musique détraqués. Oh! le triste mobilier! Mais regardez, je vous prie, ces deux personnages intelligents, habillés de vêtements à la fois éraillés et somptueux, coiffés comme des troubadours ou des militaires, qui surveillent, avec une attention de sorciers, l'oeuvre sans nom qui mitonne sur le poêle allumé, et au centre de laquelle une longue cuiller se dresse, plantée comme un de ces mâts aériens qui annoncent que la maçonnerie est achevée.
N'est-il pas juste que de si zélés comédiens ne se mettent pas en route sans avoir lesté leur estomac d'une soupe puissante et solide? Et ne pardonnerez-vous pas un peu de sensualité à ces pauvres diables qui ont à affronter tout le jour l'indifférence du public et les injustices d'un directeur qui se fait la grosse part et mange à lui seul plus de soupe que quatre comédiens?
Que de fois j'ai contemplé, souriant et attendri, tous ces philosophes à quatre pattes, esclaves complaisants, soumis ou dévoués, que le dictionnaire républicain pourrait aussi bien qualifier d'officieux, si la république, trop occupée du bonheur des hommes, avait le temps de ménager l'honneur des chiens!
Et que de fois j'ai pensé qu'il y avait peut-être quelque part (qui sait, après tout?), pour récompenser tant de courage, tant de patience et de labeur, un paradis spécial pour les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés et désolés. Swedenborg affirme bien qu'il y en a un pour les Turcs et un pour les Hollandais!
Les bergers de Virgile et de Théocrite attendaient, pour prix de leurs chants alternés, un bon fromage, une flûte du meilleur faiseur, ou une chèvre aux mamelles gonflées. Le poète qui a chanté les pauvres chiens a reçu pour récompense un beau gilet, d'une couleur, à la fois riche et fanée, qui fait penser aux soleils d'automne, à la beauté des femmes mûres et aux étés de la Saint-Martin.
Aucun de ceux qui étaient présents dans la taverne de la rue Villa-Hermosa n'oubliera avec quelle pétulance le peintre s'est dépouillé de son gilet en faveur du poète, tant il a bien compris qu'il était bon et honnête de chanter les pauvres chiens.
Tel un magnifique tyran italien, du bon temps, offrait au divin Arétin soit une dague enrichie de pierreries, soit un manteau de cour, en échange d'un précieux sonnet ou d'un curieux poème satirique.
Et toutes les fois que le poète endosse le gilet du peintre, il est contraint de penser aux bons chiens, aux chiens philosophes, aux étés de la Saint-Martin et à la beauté des femmes très mûres.


I buoni cani

A Joseph Stevens

Neppure davanti ai giovani scrittori del mio secolo sono mai arrossito della mia ammirazione per Buffon; ma oggi non è lo spirito di questo pittore della natura pomposa che chiamerò in aiuto. No.
Molto più volentieri potrei rivolgermi a Sterne, dicendogli: «Scendi dal cielo o sali a me dai Campi Elisi, e ispirami, in favore dei buoni cani, dei poveri cani, un canto degno di te, sentimentale burlone, burlone incomparabile!
Ritorna in groppa a quel famoso asino che sempre ti accompagna nella memoria dei posteri; e soprattutto fa' che questo asino non dimentichi di portare, delicatamente tenuto fra le labbra, il suo immortale amaretto!»
Vade retro, musa accademica! Non so che farmene di questa vecchia bigotta. Invoco la musa familiare, cittadina, vivente, perché mi aiuti a cantare i buoni cani, i poveri cani, i cani infangati, quelli che tutti scacciano come appestati e pidocchiosi, salvo il povero, a cui sono associati, e il poeta, che li guarda con occhio fraterno.
Il cane elegante e signorile non lo sopporto, questo fatuo quadrupede, come il danese, lo spaniel, il King-charles o il pechinese, così infatuato di sé da buttarsi senza discrezione fra le gambe o sulle ginocchia del visitatore, sicuro di piacere, turbolento come un bambino, sciocco e civettuolo, a volte ringhioso e insolente come un servo!
Soprattutto non sopporto quei serpenti a quattro zampe, sfaccendati e svenevoli, che portano il nome di «levrierette» e che sul loro muso aguzzo non hanno neppure abbastanza fiuto per seguire la pista di un amico, né abbastanza intelligenza nella loro testa piatta per giocare a domino.
A cuccia, tutti questi noiosi parassiti!
Che se ne tornino alla loro cuccia di seta imbottita! Io canto il cane infangato, il cane senza domicilio, il cane flâneur, il cane saltimbanco, il cane il cui istinto, come quello del povero, dello zingaro e dell'istrione è reso meravigliosamente acuto dalla necessità, da questa brava madre, da questa vera protettrice dell'intelligenza! Canto i cani sventurati; sia quelli che vagano solitari nei greti serpeggianti delle sconfinate città, sia quelli che all'uomo abbandonato da tutti, con profondi sguardi d'intesa, hanno detto: «Prendimi con te, e delle nostre due miserie faremo una specie di felicità!».
«Dove vanno i cani?» si chiedeva una volta Nestor Roqueplan in un immortale feuilleton di cui ha certo perso memoria, e di cui solo io, e forse Sainte-Beuve, ci ricordiamo ancora.
Dove vanno i cani?, vi chiederete voi, uomini poco attenti. Vanno per i fatti loro.
Appuntamenti d'affari, appuntamenti d'amore. Attraverso la nebbia, attraverso la neve e il fango, sotto il morso della canicola, sotto la pioggia scrosciante, vanno, vengono, trotterellano, passano sotto le carrozze, stimolati dalle pulci, dalla passione, dal bisogno o dal dovere. Come noi, si sono alzati di buon mattino, e si procurano da vivere o corrono ai loro piaceri.
Ce ne sono che vanno a dormire sotto qualche maceria della banlieue e che vengono, ogni giorno, a una certa ora, a reclamare l'elemosina alla porta di una cucina del Palais-Royal; altri accorrono a frotte, da più di cinque leghe, per dividere il pasto che ha preparato loro la carità di certe signorine sessantenni, il cui cuore disoccupato si è dato alle bestie, dal momento che quegli imbecilli degli uomini non ne vogliono più sapere.
Altri che, come schiavi in fuga, impazziti d'amore, lasciano, in certi giorni particolari, le loro province per venire in città a sgambettare per un'ora intorno a una bella cagna, un po' negligée nella sua toilette, ma fiera e riconoscente.
E sono puntualissimi, senza bisogno di agende, appunti e portafogli.
Forse conoscete anche voi il pigro Belgio, e avete ammirato come me tutti quei cani vigorosi che tirano la carretta del macellaio, della lattaia o del fornaio, e che testimoniano con il loro trionfale abbaiare dell'orgoglioso piacere che provano nel rivaleggiare con i cavalli.
Eccone due che appartengono a una categoria ancora più civilizzata! Permettetemi di introdurvi nella camera del saltimbanco assente. Un letto di legno dipinto, senza cortine, con le coperte che penzolano sul pavimento, infestate di cimici, due sedie impagliate, una stufa di ghisa, uno o due strumenti musicali sconquassati. Che triste mobilia! Ma guardate, vi prego, questi due personaggi intelligenti, vestiti di abiti logori e sontuosi, acconciati come trovatori o come militari, che sorvegliano con un'attenzione da stregoni l'opera senza nome che cuoce a fuoco lento sulla stufa accesa, e al centro della quale si drizza un lungo cucchiaio piantato lì come una di quelle pertiche alzate in aria che annunciano il compimento dei lavori edilizi.
Non è forse giusto che degli attori così pieni di zelo si mettano in cammino dopo aver ristorato il loro stomaco con una buona zuppa sostanziosa? E non perdonerete un po' di sensualità a questi poveri diavoli che devono affrontare tutti i giorni l'indifferenza del pubblico e le angherie di un direttore che si mette in tasca quasi tutto e che si mangia, lui da solo, più minestra di quattro attori?Quante volte ho contemplato, sorridente e intenerito, tutti questi filosofi a quattro zampe, questi schiavi sottomessi, compiacenti e devoti, che il dizionario repubblicano potrebbe ben qualificare ufficiosi, se la repubblica, troppo preoccupata della felicità degli uomini, avesse il tempo di occuparsi dell'onore dei cani!
E quante volte ho pensato che forse c'era da qualche parte (è possibile, in fondo) una ricompensa a tanto coraggio, a tanta pazienza e fatica, uno speciale paradiso per i buoni cani, per i poveri cani, i cani sudici e desolati.
Dopotutto Swedenborg afferma che ne esiste uno per i Turchi e uno per gli Olandesi!
I pastori di Virgilio e di Teocrito si aspettavano, come premio per i loro canti alternati, un bel formaggio, un flauto fatto dal miglior artigiano o una capra con le mammelle gonfie. Il poeta che ha cantato i poveri cani ha ricevuto in ricompensa un bel gilè dal colore ricco e sbiadito, che fa pensare al sole d'autunno, alla bellezza delle donne mature e alle estati di San Martino.
Nessuno di coloro che erano presenti nella taverna di via Villa Hermosa dimenticherà con quale esuberante insistenza il pittore si è spogliato del suo gilè in favore del poeta, tanto bene aveva compreso la bontà e l'onestà di cantare i poveri cani.
Così, un magnifico tiranno italiano del buon tempo andato, offriva al divino Aretino sia una daga con l'elsa tempestata di pietre preziose, sia un mantello da cortigiano, in cambio di un elegante sonetto o di uno stravagante poema satirico.
E ogni volta che il poeta indossa il gilè del pittore, è costretto a pensare ai buoni cani, ai cani filosofi, alle estati di San Martino e alla bellezza delle donne molto mature.

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MessaggioTitolo: Re: Le Spleen de Paris   Mar Set 04, 2007 12:57 pm

Epilogue

Le coeur content, je suis monté sur la montagne
D'où l'on peut contempler la ville en son ampleur,
Hôpital, lupanars, purgatoire, enfer, bagne,
Où toute énormité fleurit comme une fleur.
Tu sais bien, ô Satan, patron de ma détresse,
Que je n'allais pas là pour répandre un vain pleur;
Mais comme un vieux paillard d'une vieille maîtresse,
Je voulais m'enivrer de l'énorme catin
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.
Que tu dormes encor dans les draps du matin,
Lourde, obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes
Dans les voiles du soir passementés d'or fin,
Je t'aime, ô capitale infâme! Courtisanes
Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs
Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.


Epilogo

Con il cuore contento, sul colle son salito.
Di lì nella sua ampiezza contemplo la città:
Purgatorio, ospedale, galera, lupanare,
Dove fiorisce il fiore di ogni enormità.
Satana, tu lo sai, patrono del dolore,
Che là non me ne andavo a piangere per niente.
Come un vecchio vizioso con la sua vecchia amante,
Volevo ubriacarmi dell'enorme puttana
Che è infernale e seduce e ridà giovinezza.
Sia che tu dorma ancora, infame capitale,
Incimurrita e greve nel buio del mattino,
O che ti pavoneggi nei tuoi veli serali
Trapunti d'oro fino - io ti amo ugualmente!
Cortigiane e banditi, voi li offrite sovente
piaceri come questi, che il volgo non comprende.

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MessaggioTitolo: Re: Le Spleen de Paris   Mar Set 04, 2007 1:51 pm

Adesso che ho terminato la raccolta delle prose in doppia lingua, possiamo scrivere i nostri commenti o i nostri pensieri a riguardo.

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MessaggioTitolo: Re: Le Spleen de Paris   

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Le Spleen de Paris
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